Mort de Christ Mozet : vingt-cinq ans de réclusion
Les agresseurs de Christ Mozet, un jeune Amboisien tué à Paris en mars 2006, ont été condamnés. Le principal accusé écope de vingt-cinq ans de réclusion.
Ils étaient comme les cinq doigts de la main, je voulais qu'ils ne soient jamais séparés : la mère d'adoption de Christ Mozet a résumé d'une phrase, hier matin, devant la cour d'assises de Paris, la souffrance qu'a causé le décès du jeune homme à toute la famille. Cette femme, médecin à Amboise, a recueilli les cinq enfants Mozet après qu'ils aient été placés suite à la défaillance de leurs parents. Ils ont grandi sous sa protection et puisé leur force dans « les épreuves surmontées ensemble », comme l'expliquait un des experts psychologues appelés à évaluer le traumatisme subi par les frères et la s½ur de la victime.
A la barre, l'un après l'autre, ils sont venus parler de Christ, leur frère. « C'était mon mentor, mon confident, expliquait Jésahel. Il protégeait les gens qu'il aimait. » Tous se sont tournés vers le box des accusés où Jérôme Vignacourt, Souleyman Grothendieck et Daniel Le Pont les ont écoutés en silence. « Vous nous avez pris quelqu'un de cher », leur lançait la s½ur de la victime.
La famille de Christ Mozet s'est déplacée à Paris pour tenter de comprendre. « Christ avait déjà hébergé des gens chez lui, expliquait Me Sylvie Damez-Hubert, l'avocate des frères et de la s½ur de la victime. Il pensait que personne ne devait rester à la rue. Malheureusement, avec Vignacourt, il s'est attaché à quelqu'un qui ne cherchait qu'à profiter de lui. » Pour Me Jean-Jacques Dupé, avocat de la mère d'adoption de Christ Mozet, le jeune homme a surtout « été victime de son bon c½ur ».
L'avocat général, M. Coste, a retracé l'enchaînement qui a selon lui mené au drame. « Christ Mozet était décidé à mettre Vignacourt à la porte, commentait-il. Il le lui a dit, sans doute l'après-midi avant l'agression dont il a été victime. Et là, avec une facilité affligeante, Vignacourt a appâté Le Pont et Grothendieck pour organiser l'expédition. »
“ Il ne pouvait
pas l'aider
de cette manière ”
Estimant qu'ils étaient tous trois coauteurs des violences ayant entraîné la mort de la victime, l'avocat général a requis 18 ans de réclusion contre Le Pont et Grothendieck ainsi qu'une peine comprise entre 25 et 30 ans pour Vignacourt. Il n'a, en revanche, pas réclamé la requalification des faits en homicide volontaire à laquelle les déclarations de Jérôme Vignacourt auraient pu mener.
« La différence d'intention peut se traduire par une différence dans les peines », ajoutait l'avocat général.
Me Lasek et Me Ronna, les avocates de Daniel Le Pont et de Souleyman Grothendieck, ont néanmoins bien insisté sur le fait que leurs clients auraient été « dépassés » par la tournure prise par les événements et qui « ne correspondait plus au projet initial ».
L'avocate de Jérôme Vignacourt, Me Grard, revenait quant à elle sur « l'enfance déplorable » de son client. « Christ Mozet, je n'en doute pas, ajoutait-elle, a voulu l'aider en l'hébergeant. Mais il ne pouvait pas l'aider de cette manière. »
Après plus de six heures de délibéré, la cour d'assises de Paris a condamné Daniel Le Pont à douze ans de réclusion et Souleyman Grothendieck à quinze ans. Jérôme Vignacourt écope quant à lui de la plus lourde peine : vingt-cinq ans de réclusion criminelle.
Caroline Devos
la Nouvelle République